D'audace et de modestie : Élisabeth Bruyère et les Sœurs de la Charité

La vie d'Élisabeth Bruyère est intimement liée à la naissance et au développement du diocèse d'Ottawa. C’est elle qui a fondé les Sœurs Grises de la Croix d'Ottawa, venues à Bytown pour recréer la mission éducative et caritative des Sœurs Grises de Montréal. Élisabeth Bruyère laisse en héritage une œuvre dont le charisme et la charité évangélique donneront une impulsion décisive au développement et au rayonnement de cette communauté religieuse jusqu'à nos jours.

Née en 1818, près de Montréal, Élisabeth Bruyère prend l’habit des Sœurs Grises de Montréal en 1840. La jeune Bruyère s'y distingue rapidement par son dévouement au travail, son esprit d'initiative et sa fervente piété. Si bien qu’à l’âge de 27 ans à peine, ses supérieures la placent à la tête d'une mission religieuse à Bytown. Tout est alors à faire et à bâtir dans cette ville qui est encore, au milieu du XIXe siècle, un petit bourg isolé et plutôt mal famé, où les catholiques n'ont ni écoles, ni hôpitaux, ni assistance organisée pour les indigents. La vie à Bytown ne sera pas facile pour ces femmes qui, peu de temps après leur arrivée, doivent faire face à une grave épidémie de typhus introduite à la suite de l'arrivée d'une vague d'immigrants irlandais atteints du microbe. La contagion de la maladie fait de nombreuses victimes. Plusieurs sœurs et mère Bruyère elle-même, verront la mort de près en prenant soin de centaines de malades.

Les Sœurs Grises vont se lancer dès leur arrivée dans la mise sur pied d’œuvres multiples: la fondation d'une congrégation; l’ouverture d'une première école bilingue pour filles sur la rue Saint-Patrice; l’établissement d'un pensionnat, communément appelé le Couvent de la rue Rideau; la construction d'un hôpital général (qui deviendra l'Hôpital général d'Ottawa); l’ouverture de l'hospice Sainte-Anne; les visites des pauvres et des malades à domicile; le soutien aux émigrés. Si bien que comme les Oblats, avec qui elles partagent « la mystique des défricheurs »1, elles prendront rapidement beaucoup de place.

Durant les trois décennies de l'épiscopat de mère Bruyère, les Sœurs Grises de la Croix acquièrent leur indépendance complète de la maison mère montréalaise. La petite congrégation évolue rapidement, au même rythme que la ville où elle est située, et devient une communauté relativement nombreuse. L'année du décès de mère Bruyère, en 1876, elle rassemble un total de 189 sœurs de chœur, 149 sœurs converses, 40 novices et 24 postulantes. En plus d'œuvrer à Ottawa et dans l'Outaouais québécois, elle étend aussi sa présence en Ontario, au Québec et même dans certaines régions des États-Unis.

Le legs des Sœurs Grises de la Croix, rebaptisées Sœurs de la Charité d'Ottawa en 1968, passe le cap des générations et se poursuit dans la durée. Elles ont formé, dans leur langue, des générations de jeunes filles francophones d’Ottawa. Elles ont aussi formé leurs enseignantes. On leur doit aussi, dans le domaine de la santé, la fondation d'une école d'infirmières (D'Youville School of Nursing) à l'Hôpital général d'Ottawa (1896); la fondation de la maison Saint-Vincent (1924) qui deviendra l'hôpital Saint-Vincent par la suite, la création de la résidence Saint-Louis (1966) et la mise sur pied du Centre de santé Élisabeth-Bruyère (1980), où s'établira une unité régionale de soins palliatifs.

 

1 Émilien Lamirande, Élisabeth Bruyère, 1818-1876 : fondatrice des Sœurs de la Charité d'Ottawa, Montréal, Éditions Bellarmin, 1993, p. 141.

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Portrait de mère Bruyère, fondatrice des Sœurs Grises de la Croix (1818-1876), 1871. Photo : Williams James Topley.

Bibliothèque et Archives Canada, Topley Studio Fonds [graphic material] (R639-0-5-E), PA-186451.

Photographie en noir et blanc d’une religieuse d’âge mûr, assise sur une chaise avec, une table à sa gauche. Elle porte un voile noir ainsi qu’une croix. Elle affiche un air sérieux.