Des écoles séparées

À l'arrivée des premiers Oblats, il n’y a pas encore d’écoles françaises à Bytown. Les Sœurs Grises de la Croix mettront sur pied une première école de filles en 1845 et une seconde en 1848. Mais il n’y a pas d’école pour garçons. Ce à quoi Mgr Guigues, évêque de Bytown, remédie, en créant le Collège de Bytown la même année. Il souhaite au départ intégrer ces premières écoles « bilingues », comme on les nomme alors, au sein du tout nouveau conseil scolaire de Bytown et multiplie les interventions en ce sens. Mais lorsqu’il se voit incapable d’obtenir pour elles un financement durable, il change son fusil d’épaule pour défendre plutôt l’école séparée pour les francophones d’Ottawa.

Le premier Conseil des écoles séparées d’Ottawa est formé en janvier 1857, à l’initiative de Mgr Guigues. Ce conseil dirige huit classes l’automne suivant. Quatre sont localisées au nouvel emplacement du Collège de Bytown, dans la Côte-de-Sable. Les quatre autres seront bientôt logées dans la toute nouvelle école que fait construire Mgr Guigues, en 1860 dans la Basse-ville, l’école Notre-Dame. Cette école, qui deviendra plus tard l’école Guigues, est bien connue pour le rôle qu’elle a joué dans l’opposition au Règlement XVII. 

Le nombre d’écoles séparées augmentera rapidement à Ottawa.  Elles passent de quatre en 1865 à onze en 1894, dont six sous la seule gouverne des Sœurs Grises. À l’époque, ces dernières dirigent aussi des écoles secondaires, dont le Couvent de la rue Rideau, l’Académie d’Youville et l’Académie Sainte-Marie. Pressés par Mgr Guigues de venir œuvrer dans la région, les Frères des écoles chrétiennes jouent un rôle équivalent du côté des garçons.

Le premier évêque d’Ottawa exercera un leadership incontestable dans l’établissement d’un réseau d’écoles françaises à Ottawa. Selon l’historien Robert Choquette, il privilégiera les écoles séparées, moins par conviction religieuse qu’en raison de l’hostilité des anglophones envers l’éducation en français. Le système des écoles séparées permettait de les soustraire à leur influence. Son successeur, Joseph-Thomas Duhamel, défendra ces écoles pour de tout autres motifs, estimant que « [l]’avenir du pays et de la religion dépend entièrement […] de la bonne ou de la mauvaise éducation que recevra la jeunesse 1». Les instructions qu'il donne à son clergé sont, à cet égard, on ne peut plus claires:

Il est important que l’enfance et la jeunesse soient instruites par des maîtres catholiques, que l’éducation soit donnée et reçue dans des écoles où l’autorité de l’Église soit reconnue et respectée, l’influence de la religion ressentie, et la surveillance des pasteurs acceptée2.

Les écoles séparées adopteront au fil du temps une variété de mécanismes pour s’acquitter de leur mission religieuse.

 

1 Cité par Robert Choquette, L’Église catholique dans l’Ontario français du dix-neuvième siècle, Ottawa, Éditions de l’Université d’Ottawa, 1984, p. 308.

2 Cité par Robert Choquette, L’Église catholique dans l’Ontario français du dix-neuvième siècle, p. 309.

 

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Concours provincial de français, le lauréat Gilles Provost, Ottawa, 1953.

Université d'Ottawa, CRCCF, Fonds Association canadienne-française de l'Ontario (C2), Ph2-864.

Photographie en noir et blanc de quatre adolescents, devant un édifice en brique. Leurs regards sont tournés vers une balle de baseball que leur montre l’un d’entre eux, installé sur une bicyclette. Ils sont habillés en costumes et cravates. Trois jeunes tiennent des livres; le quatrième, une batte et un gant de baseball.