Les débuts religieux à Bytown

John By commence les travaux de construction du canal Rideau à l’automne 1826. Dès l’année suivante,  le prêtre Patrick Haran célèbre la messe dans la Haute ville, avant de disparaître sans laisser de trace en 1829. Son remplaçant, Angus Macdonnell, officie quant à lui à l’étage d’un petit marché rue York, dans la Basse-ville, où demeure la majorité des catholiques.  Il obtient la construction d’une petite église de bois, en 1831, à l’intersection des rues Sussex et St-Patrick. Elle sera remplacée par la cathédrale Notre-Dame, dont la construction débutera dix ans plus tard sur le modèle de l’église Saint-Patrick de Québec. En 1843, Bytown compte 2364 catholiques, dont 1064 sont des Canadiens français. Parmi ces derniers, seuls 35 habitent la Haute ville, privilégiée surtout par la communauté protestante et britannique.

Cette première paroisse de Bytown connaît des débuts difficiles : plusieurs curés s’y succèdent, dont un faux prêtre, qui n’avait aucune préparation pour le sacerdoce. Loin des sièges épiscopaux de Montréal et de Kingston dont relève le vaste territoire de l’Outaouais, elle est en quelque sorte laissée à elle-même, comme d’ailleurs les nombreuses missions qui se multiplient dans la région au rythme de l’expansion de l’activité forestière. Un diocèse est érigé en 1847 pour assurer leur surveillance plus étroite. L’Église le confie au père Joseph-Bruno Guigues, un Oblat qui œuvre depuis peu à Montréal. Celui-ci s’installera à Bytown l’année suivante, ville qu’il décrira en ces termes peu élogieux:

Les prêtres ont été renouvelés trop souvent et plusieurs d’entre eux y ont offert l’exemple du scandale. Cette ville a été formée en grande partie de personnes pauvres, endettées et souvent abandonnant leurs paroisses qu’elles avaient affligées par leur scandale. De là les désordres affreux dont cette ville est témoin1.

La vie religieuse s’organise sous l’impulsion de Mgr Guigues.  D’autres communautés religieuses viennent s’y installer dans la foulée, à commencer par les Sœurs Grises de la Croix (1845) et les Frères des écoles chrétiennes (1864). Des paroisses s’ajoutent : Saint-Patrick, en 1852, qui s’installe rue Sparks dans une église méthodiste qui avait été abandonnée; Saint-Joseph, fondée en 1856 et agrandie en 1866; et Saint-Jean-Baptiste, érigée le 31 mai 1872 et bénite deux mois plus tard par Mgr Guigues. La même année, celui-ci fonde une deuxième paroisse dans l’est de la Basse-ville, la paroisse Sainte-Anne, la cathédrale desservant une population dispersée sur un très vaste territoire : « Tous les habitants à l’est des rues Nelson et Rose devaient marcher près d’un mille ou plus pour assister à la messe du dimanche, ce qui devenait parfois très difficile durant la saison d’hiver et du dégel2 ». L’église est construite l’année suivante sur la rue St-Patrick. La population de catholiques a alors beaucoup augmenté à Ottawa. On en dénombre 12 735 en 1874, dont 7214 Canadiens français.  Ottawa s’imposait déjà comme foyer religieux à l’échelle de l’Ontario français, mais aussi du Canada français.

 

 

1 J.-E.-B. Guigues, « Notes sur l’état du diocèse en 1848 », cité par Robert Choquette, L’Église catholique dans l’Ontario français du dix-neuvième siècle, Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa, 1984, p. 140.

2 Lucien Brault, Sainte-Anne d’Ottawa. Cent ans d’histoire. 1873-1973. Ottawa, 1973, p. 11.

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Mgr Joseph-Bruno Guigues, premier évêque du diocèse de Bytown, 1865.

Bibliothèque et Archives Canada, Canada, Visual material [graphic material, philatelic record] (R9271-5-2-E), C-021864.

Photographie en noir et blanc d’un homme d’un certain âge portant les vêtements liturgiques d’un évêque. Il ne porte pas la calotte. Il est assis sur une chaise, son bras droit appuyé sur une table, la main posée sur des livres. Il affiche un air sérieux.