Capsule

Les premières caisses populaires

Une première caisse populaire est créée à Lévis, en 1900, par Alphonse Desjardins. Il s’inspire alors de ce qui se fait en Europe pour donner accès au crédit aux classes populaires hors du système de l’usure, tout en les initiant aux bienfaits de l'épargne. Sa « banque du peuple » suscite la curiosité un peu partout au Canada français.

L'année suivante, l’archevêque du diocèse d’Ottawa,  Mgr Joseph-Thomas Duhamel, s'empresse d'écrire à Desjardins : « Je désirerais m’instruire du fonctionnement de la "caisse populaire" que vous avez fondée à Lévis. Auriez-vous l’obligeance de m’adresser un exemplaire de la constitution qui la régit et autres imprimeries qui la traitent? Ne faut-il pas que le clergé témoigne du plus vif intérêt à tout ce qui peut être utile au peuple canadien!1 »

La caisse populaire Sainte-Anne, la première en Ontario, verra le jour à Ottawa en 1912. Puis ce sera au tour de l’élite commerciale locale de créer les caisses Saint-Jean-Baptiste (1913) et Notre-Dame (1913). Sténographe français à la Chambre des communes de 1892 à 1917 et habitant six mois par an à la Basse-ville d’Ottawa au cours de cette période, Desjardins participera étroitement à leur mise sur pied. Il préside les deux premières assemblées annuelles de la caisse Notre-Dame. D’autres s’ajouteront à la faveur de l’expansion phénoménale de l’épargne durant la Seconde Guerre mondiale : les caisses Saint-Charles (1941); Champlain (1943), Vanier (1943), Orléans (1944) et Cyrville (1944).

L’établissement des premières caisses dans la capitale aura des conséquences notables sur la vie des moins nantis, en particulier les francophones de la Basse-ville, souvent obligés d'hypothéquer leur maison pour obtenir un prêt. À ce propos, Louis-J. Billy, premier gérant de la caisse populaire Notre-Dame d’Ottawa, écrit dans ses mémoires parues en 1963 :

Les compagnies de fiducie ainsi que les compagnies d’assurance-vie refusaient carrément de courir cette dangereuse aventure en alléguant que cette partie de la ville d’Ottawa, plutôt pauvre et exposée aux incendies […] constituait un risque trop grave. Se mêlait-il à tout cela un brin de fanatisme et de mépris à l’endroit des pauvres Canadiens français, scieurs de bois et porteurs d’eau? Il n’est pas défendu de le croire. Ce qui contribuait à accroître cette crainte […] chez les Anglo-Saxons d’Ottawa, c’est que les châteaux, les palais, les maisons luxueuses dans la basse-ville brillaient par leur absence. Ce pénible état de choses fut transformé du jour au lendemain avec la fondation des caisses populaires2.

 

 

1 Cité dans Brigitte Bureau, Un passeport vers la liberté. Les caisses populaires de l'Ontario de 1912 à 1992, Ottawa et North Bay, Mouvement des caisses populaires de l'Ontario, 1992, p. 23.

2 Ibid, p. 31.