Capsule

Rivalité ou complémentarité ?

Furieux de devoir verser leurs taxes à des écoles publiques qui ne fonctionnent qu’en anglais, les parents francophones de l’Ontario réclament de plus en plus fort de véritables écoles secondaires de langue française.  Le gouvernement conservateur de John P. Robarts leur prêtera enfin une oreille attentive et, suivant les recommandations du rapport Bériault, il adoptera en 1968 une législation permettant aux conseils scolaires publics de la province de créer des écoles secondaires de langue française.

Ottawa compte alors onze collèges catholiques de langue française. Ils se débattent tous avec une situation financière difficile. Jouant d’audace,  ils s’entendent pour tourner le dos aux revendications traditionnelles de l’élite d’Ottawa pour des écoles secondaires de langue française séparées catholiques, et négocier plutôt le transfert de leurs établissements vers les conseils scolaires publics. Ils bénéficient alors du soutien de Mgr Joseph-Aurèle Plourde, archevêque d’Ottawa qui, contre toute attente, se range du côté des défenseurs de l’école de langue française, qu’elle soit catholique ou non.

C’est ainsi qu’à l’automne 1971, l’école secondaire publique De La Salle prend le flambeau de l’Académie De-La-Salle accueillant les élèves qui fréquentaient le Couvent de la rue Rideau, le Couvent du Mont Saint-Joseph et l’Académie De-La-Salle. L’École secondaire Notre-Dame-de-Lourdes, ancien pensionnat des Filles de la Sagesse, devient l’École secondaire Belcourt et accueille ses premières élèves, elle aussi, en 1971. À peine dix ans plus tard, 10 000 élèves francophones fréquentent onze écoles secondaires publiques de langue française, sans compter les 4000 élèves inscrits dans des classes de langue française au sein des high schools anglophones. 

Mais, coup de théâtre, en 1984, le gouvernement conservateur de Bill Davis, à la surprise générale, présente un projet de loi qui assure le parachèvement du système d’écoles séparées catholiques jusqu’à la fin du secondaire.  La belle unanimité qui régnait depuis quelques années sur la nécessité de se doter d’un seul système scolaire francophone constitué d’écoles élémentaires catholiques et d’écoles secondaires publiques ne tient plus. Les conseils scolaires publics et catholiques se livreront dès lors une concurrence sans merci pour développer chacun leur réseau.

Le paysage institutionnel d’Ottawa reflète cette dualité.  À Orléans, par exemple, l’École secondaire catholique Béatrice-Desloges cohabite avec l’École secondaire publique Gisèle-Lalonde. Les deux écoles incarnent deux figures féminines héroïques du combat pour les droits scolaires des francophones à Ottawa : la première ancrée dans le passé et la tradition, la seconde représentant les luttes récentes et contemporaines.  Les uns y voient une triste rivalité, les autres une heureuse complémentarité.