De nouvelles scènes pour le théâtre

Si la scène théâtrale d’Ottawa est surtout occupée par le théâtre de répertoire jusqu’aux années 1970, cette tendance se renverse par la suite. La décennie qui s’étend de 1975 à 1985 marque l’arrivée de troupes franco-ontariennes animées par des projets de création. À l’image du Théâtre du Nouvel-Ontario, fondé à Sudbury en 1971, ces nouvelles compagnies adoptent un mode de fonctionnement collectif. La plupart d’entre elles sont engagées dans la communauté, où elles pratiquent souvent un théâtre d’intervention : en plus de rejoindre leurs publics dans les sous-sols d’église, les salles communautaires et les gymnases, elles vont au-devant de lui dans des espaces publics. Leur objectif, en somme, est de créer un théâtre pour et par les francophones de la région.

La première de ces troupes est le Théâtre d’la Corvée, fondé à Vanier en 1975 par un premier collectif composé de Daniel Chartrand, André Legault, Jean-Marc Leclerc et Luc Thériault. Sa première activité d’intervention, L’annonce faite à Vanier, est à l’image de son mandat politique, voire marxiste. Pour sensibiliser les gens à la condition des démunis, les comédiens livrent leur performance dans les autobus du circuit 7, à Vanier ! En janvier 1976, ils préparent une intervention de quinze minutes, L’hiver show, en soutien aux grévistes de l’usine E. B. Eddy de Hull. Jusque dans les années 1980, le Théâtre d’la Corvée est une troupe semi-professionnelle : l’expérience préalable n’est pas requise pour les comédiens. Ce qui compte, c’est leur engagement envers la mission de la troupe et leurs origines franco-ontariennes.

La deuxième de ces troupes, le Théâtre d’la Vieille 17, est fondée à Rockland, à l’est d’Ottawa en 1979 par Robert Bellefeuille, Charles Castonguay, Jean Marc Dalpé et Lise L. Roy. Ils montent ensemble la pièce Les murs de nos villages, du même titre que le recueil de poésie que Dalpé fera paraître en 1980.  Comme pour le Théâtre d’la Corvée, le Théâtre d’la Vieille 17 se veut le reflet de sa communauté, tout en l’incitant à l’engagement politique. Ce faisant, la compagnie cherche à défendre les droits des francophones minoritaires et à encourager les revendications des travailleurs. Afin de profiter d’infrastructures professionnelles, elle déménage à Ottawa en 1984.

Les années 1980 annoncent toutefois la fin du théâtre populiste et populaire à Ottawa. C’est ce qu’indique le changement de nom de ces deux compagnies, qui font disparaître les marques du français oral. Le Théâtre d’la Vieille 17 devient ainsi le Théâtre de la Vieille 17. De façon analogue, le Théâtre d’la Corvée devient d’abord le Théâtre de la Corvée; il adopte ensuite un nouveau nom qui abandonne la référence à son mandat social, mais le situe néanmoins dans le contexte franco-ontarien : il se nommera dorénavant le Théâtre du Trillium. À partir de ce moment, les deux compagnies s’intéressent davantage à la création artistique plutôt qu’à l’intervention politique; elles vont monter des projets visant l’exploration de nouvelles esthétiques.

Cette démarche, plus artistique, est déjà celle du Théâtre le Cabano, fondé en 1979 par Lucie Desjars, Luc Dorion, Marie-Thé Morin et Pier Rodier. Le changement de nom de la compagnie, qui devient la Compagnie Vox Théâtre à la fin des années 1980, rend compte de sa prédilection pour le théâtre chanté, qu’elle monte principalement pour un jeune public. Un autre théâtre, lui aussi axé sur l’exploration de pratiques esthétiques, vient s’ajouter à Ottawa en 1992. C’est le Théâtre la Catapulte, fondé par Patrick Leroux, Patrick Riel, Carole Beaudry et d’autres artistes. Grâce à cette compagnie, ils souhaitent permettre à une nouvelle génération d’artistes de se tailler une place dans le milieu théâtral d’Ottawa.  

Ces quatre compagnies de théâtre se rallient bientôt autour d’un projet commun: la création d’une salle de spectacle qui les abriterait de façon permanente et faciliterait les collaborations entre elles. Ce rêve devient enfin réalité en 1999, lorsque La Nouvelle Scène ouvre ses portes en plein cœur de la Basse-ville d’Ottawa, sur l’avenue King-Edward.

 

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Répétition de la pièce Strip, du Théâtre d'la Corvée, 14 septembre 1982. Photo : Michel Lafleur, Le Droit.

Source : Université d'Ottawa, CRCCF, Fonds Le Droit (C71), Ph92-4-140982-THE.32.

Photographie en noir et blanc de trois femmes d’âge moyen, en peignoirs sur scène. Une des femmes pose une main sur sa hanche. Une autre a les yeux fermés et les mains derrière la tête. La dernière femme porte une serviette sur son bras. Derrière elles, un divan; au mur, une bannière.