Les premières institutions culturelles

Ottawa est désignée capitale du Canada en 1857. Fonctionnaires et parlementaires convergent vers le nouveau siège du gouvernement, ainsi que journalistes et membres des professions libérales qui évoluent dans son giron. Ils sont originaires de Québec et de Montréal, deux villes qui logent déjà un Institut canadien, ou encore de ces autres localités du Québec qui comptent une salle de lecture ou une société littéraire. Ils cherchent à recréer à Ottawa la vie culturelle animée à laquelle ils sont habitués. Instruits, sinon érudits, ils forment un public assez important pour soutenir de nombreuses institutions culturelles dans la région. Sans compter la présence parmi eux d’écrivains, tel Antoine Gérin-Lajoie, qui a déjà publié son roman Jean Rivard lorsqu’il s’établit à Ottawa avec sa famille en 1865. Cette élite intellectuelle naissante aidera Ottawa à s’imposer dans l’espace culturel du Canada français.

Plusieurs de ces membres se joignent à l’Institut canadien-français d’Ottawa. Celui-ci dispose, dès sa fondation en 1852, d’un cabinet de lecture, d’une bibliothèque et d’un cercle dramatique, qui fera figure de pionnier du théâtre français dans la région. S’y ajoutent le Cercle littéraire de la jeunesse catholique d’Ottawa en 1862, puis le Cercle des familles en 1870, fondé par Stanislas Drapeau. Ses conférences, « agrémentées de musique, de chant et parfois de comédies en un acte », attireront, selon l’historien Jean-Yves Pelletier, « une foule nombreuse »1. L’Institut forme un premier cercle littéraire et scientifique en 1894. Le comité littéraire de l’Institut canadien verra le jour en 1905. Un troisième cercle littéraire sera fondé en 1920, qui sera rebaptisé « Cercle littéraire Benjamin-Sulte » en 1961, en hommage à un des piliers de l’Institut au XIXe siècle.

On doit à l’Institut canadien-français la première grande convention littéraire au pays. Il invite à Ottawa, à l’occasion de son 25e anniversaire en 1877, une pléiade d’hommes de lettres, d’historiens et d’autres « savants » du Canada français. « Presque toutes les figures marquantes du petit Panthéon de nos lettres s’y trouvaient réunies2», selon Séraphin Marion, qui relate l’événement dans un récit des origines de l’Institut. L’objectif est de mettre sur pied une Société littéraire du Canada, qui réunirait annuellement les écrivains les plus réputés du pays.

L’Institut canadien-français d’Ottawa crée un orchestre en 1878. La direction en sera confiée à Louis D’Auray.  Les grands noms de la musique à Ottawa s’y produiront, ainsi que de nombreux artistes de la scène internationale. Puis ce sera au tour de la Société des beaux-arts de l’Institut, dotée d’une bibliothèque technique et d’un musée, de voir le jour en 1881.

Le Progrès d’Ottawa, premier hebdomadaire de langue française en Ontario, serait né en 1858 avec l’appui de l’Institut canadien-français. Sa vie sera courte. Ce dernier fonde Le Courrier d’Ottawa (Courrier d’Outaouais) trois ans plus tard, qui sera publié pendant plus de quinze ans. Les cours et conférences publiques de l’Institut canadien-français d’Ottawa, qui offrent une tribune aux politiciens et aux écrivains de langue française parmi les plus connus au pays, contribueront à sa renommée. Mentionnons, parmi les gens de lettres, Arthur Buis, Louis Fréchette, Henri-Raymond Casgrain, Thomas Chapais, l’abbé Lionel Groulx et Olivar Asselin.

Aujourd’hui encore, l’Institut canadien-français d’Ottawa, dont la membriété est réservée aux hommes, a pignon sur rue dans le quartier du marché By.

 

1 Jean-Yves Pelletier, « L’Institut canadien-français d’Ottawa (fondé en 1852) : la doyenne des sociétés françaises de l’Ontario », dans Jeff Keshen et Nicole St-Onge (dir.), Construire une capitale : Ottawa, Making a Capital, University of Ottawa Press/Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2001, p. 134.

2 Séraphin Marion, « Origines de l’Institut canadien-français d’Ottawa et de la Société royale du Canada », Les Cahiers des Dix, no 39, 1974, p. 81.

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Affichette annonçant une grande soirée musicale et dramatique, organisée par le Comité de construction du nouvel édifice de l’Institut canadien-français d’Ottawa, Ottawa, 19 juin 1877. Le déménagement du Parlement à Ottawa stimule la vie culturelle dans la capitale. La richesse de la programmation de l’événement, auquel participent l’orchestre symphonique et le Cercle dramatique de l’Institut, en témoigne.

Université d'Ottawa, CRCCF, Fonds Institut canadien-français d’Ottawa (C36), C36V18.

Affiche imprimée en français. On y présente un dessin de l’édifice en noir et blanc et un texte invitant les gens à assister à l’événement.