Une littérature pour tous les goûts

À partir des années 1970, la littérature ottavienne se démarque par sa diversité. La poésie et le roman côtoient le théâtre et la littérature pour la jeunesse, sans oublier la nouvelle. Tandis que certains auteurs continuent de privilégier une esthétique réaliste, d’autres s’inspirent des mythes ou se projettent dans le futur.

C’est le cas de la poésie et des romans d’Andrée Christensen, une écrivaine originaire de Vanier. La mythologie constitue l’une de ses principales sources d’inspiration, et ce, dès son premier recueil de poésie, Châtiment d’Orphée (1990). Grâce à la richesse de son écriture, l’œuvre de Christensen représente un apport inestimable à la littérature franco-ontarienne. Pour François Paré, un spécialiste du domaine, « il est clair que les traditions ésotériques et mystiques auxquelles renvoie cette poésie ont permis à l’auteure de renouveler les enjeux thématiques et génériques [de cette littérature]1. » Il en va ainsi des deux romans de Christensen, Depuis toujours j’entendais la mer (2007) et La mémoire de l’aile (2010). Ils sont uniques en leur genre, comme en témoignent les nombreux prix qu’a obtenus l’auteure ou pour lesquels elle a été en lice. Christensen est aussi une artiste visuelle; dans ses recueils de poésie, ses textes sont souvent accompagnés de ses photos ou de ses collages.

C’est aussi à partir d’Ottawa que Maurice Henrie mène sa carrière d’écrivain. S’il est fonctionnaire comme bien des auteurs franco-ontariens avant lui, il se distingue néanmoins de ses prédécesseurs en s’inspirant fortement de son milieu de travail pour écrire ses livres. En effet, ce sont ses deux essais satiriques sur la fonction publique, La vie secrète des grands bureaucrates (1989) et Le petit monde des grands bureaucrates (1992) qui l’ont rendu célèbre. Toutefois, Henrie écrit aussi des romans et des nouvelles. Il est loin le plus prolifique des nouvelliers franco-ontariens. Dans ses recueils de nouvelles, Henrie s’attarde souvent à des moments anodins du quotidien : « Son discours magnifie comme à la loupe ce qui paraît insignifiant, mais donne tout son poids finalement à l’existence2. » Plusieurs de ses œuvres ont remporté le Prix du livre d’Ottawa. Il s’est aussi mérité le Prix des lecteurs Radio-Canada 2002 pour son roman Une ville lointaine.

Il ne faudrait pas passer sous silence les romans pour la jeunesse de Françoise Lepage, une pionnière de ce genre littéraire en Ontario français. Originaire de France, l’auteure s’installe à Ottawa vers la fin des années 1970, où elle s’intègre rapidement à la communauté littéraire. Son livre le plus connu, Poupeska (2006), a figuré sur la liste des finalistes du prix du Gouverneur général du Canada et a été consacré par le prix Trillum. Il raconte l’histoire d’une jeune fille victime d’intimidation à l’école afin de sensibiliser les jeunes lecteurs à cette réalité difficile. Lepage a aussi assuré l’essor de la littérature pour la jeunesse dans la francophonie canadienne en dirigeant la collection « Cavales » des Éditions L’Interligne, dédiée aux livres pour enfants, et en publiant plusieurs ouvrages savants sur le sujet.


1 François Paré, « La poésie franco-ontarienne », dans Lucie Hotte et Johanne Melançon (dir.), Introduction à la littérature franco-ontarienne, Sudbury, Éditions Prise de parole, coll. « Agora », 2010, p. 140.

2 Michel Lord, « Parcours labyrinthique de la nouvelle franco-ontarienne en tension entre la douleur et le bonheur », dans Lucie Hotte et Johanne Melançon (dir.), Introduction à la littérature franco-ontarienne, Sudbury, Éditions Prise de parole, coll. « Agora », 2010, p. 242.

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Françoise Lepage, lors du lancement de son livre Poupeska, à la Librairie du Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques (CFORP), Ottawa, 4 mars 2006.

Université d'Ottawa, CRCCF, Fonds Françoise- Lepage (P372), Ph294-1/5.

Photographie en couleur d’une femme d’âge mûr, vue de trois quarts. Elle a les cheveux bruns courts et porte des lunettes, un chemisier imprimé rouge et noir et une veste rouge. Elle est assise, les bras croisés sur une table, un stylo à la main droite. À l’arrière-plan, un étalage de livres.