Capsule

« Adieu Vanier, bienvenue Ottawa »

« Bienvenue à Ottawa1 ». C’est le titre que donnait le quotidien Le Droit à son édition du mardi 2 janvier 2001. Dianne Paquette-Legault écrivait à la page 3 : « La nouvelle ville d'Ottawa est née, hier, fruit de la fusion de 11 municipalités et de la Région d'Ottawa-Carleton. Imposée par Queen's Park, cette fusion municipale fait d'Ottawa la quatrième plus grande ville au pays2 ». La municipalité de Vanier sera emportée par cette restructuration, qui fait perdre aux francophones de la région le seul contrôle qu’ils exerçaient sur l’échiquier politique municipal.

Né quelque 100 ans plus tôt, en 1909, à la suite de la fusion des villages de Janeville, de Clarkstown et de Clandeboye, le village d’Eastview  a connu une croissance rapide qui lui a permis d’accéder au rang de ville en 1912, puis à celui de cité en 1963. Eastview, qui a pris le nom de Vanier en 1969 en l’honneur du premier gouverneur général du Canada de langue française Georges P. Vanier, s’est alors imposée comme un lieu privilégié d’affirmation politique des francophones de la région. Les francophones étaient majoritaires à Vanier. Ils en élisaient les maires et les conseillers. La ville leur appartenait et faisait partie intégrante de leur identité.

Suite à la fusion, les francophones de Vanier se trouvent noyés dans une ville qui compte une population de 785 000 personnes.  allait effacer une partie de l’identité des francophones de Vanier. D’autant plus que le découpage des quartiers de la nouvelle ville ne respectera pas les limites administratives des anciennes municipalités. Le territoire de Vanier sera amalgamé à celui de la Basse-ville voisine. Certes, les deux entités se ressemblent : présence française, poids de l’immigration, vulnérabilité socioéconomique. Mais Vanier, lieu de vie français, n’aura plus la même existence sans cette institution qu’est la municipalité.

Dans son édition du lendemain, Le Droit rapporte les propos de leaders de la communauté. Devant le fait accompli, ils insistent sur les bons côtés de la fusion. « Les francophones vont se sentir moins isolés. Il va y avoir plus d’entraide et de solidarité », de dire Gisèle Lalonde, ancienne mairesse de Vanier. Bernard Grandmaître, qui a aussi été maire de Vanier, affirmera que « Tous les ingrédients de la francophonie entrent dans une même salade. La francophonie va résonner partout2 ».

 

1 Dianne Paquette-Legault, « Ottawa voit le jour », Le Droit, 2 janvier 2001.

2 Dianne Paquette-Legault, « La fin de l’esprit de clocher », Le Droit, 3 janvier 2001.