Capsule

Le pont Macdonald-Cartier pour le meilleur et pour le pire

Le 15 octobre 1965, le pont Macdonald-Cartier est inauguré en grande pompe par le premier ministre canadien, Lester B. Pearson, et ses homologues de l’Ontario, John Robarts, et du Québec, Jean Lesage. L’atmosphère est aux réjouissances. Mais derrière cette immense pièce d’infrastructure qui surplombe la rivière des Outaouais se cachent plusieurs drames humains rattachés aux affres de l’expropriation.

Pour construire les accès au pont, on a évincé les résidents d’une centaine de maisons des rues Boteler, Redpath, Baird et Earnscliffe dans la partie ouest de la Basse-ville d’Ottawa. La plupart sont francophones. Le réaménagement de la rue King-Edward, qui fait le lien entre le pont et le nouveau « Queensway », a des conséquences tout aussi dramatiques pour la communauté. L’élargissement de la portion nord de la rue force la démolition de maisons habitées, elles aussi, par plusieurs générations de francophones. Plus au sud, ce sont les ormes géants plantés sur le terre-plein, qui en faisaient une des plus belles esplanades d’Ottawa, qui sont abattus pour faciliter la circulation. Les habitants du quartier perdent leur plus grand parc, leur terrain de sport. Ce haut lieu de la vie française de la Basse-ville qu’est la rue King-Edward se transforme dès lors en une artère bruyante et sale, qu’emprunte un flot incessant de voitures et de poids lourds.  Avant même que soit menée la vaste entreprise de rénovation urbaine de la Basse-ville Est, le quartier avait déjà perdu son âme.