La longue route vers le bilinguisme de la Ville d'Ottawa

La Ville d’Ottawa, capitale du Canada depuis 1867, n’adopte sa première politique de bilinguisme qu’en 1970.  Et il aura fallu que la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (Commission B.B.) la pousse dans cette direction, pour qu’elle agisse.

La question du bilinguisme de la capitale avait été discutée bien avant 1970. Mais le conseil municipal, avec Charlotte Whitton à sa tête, s’y opposait fermement. Les conclusions de la Commission B.B., qui s’intéressera à Ottawa comme lieu de vie française, le forceront à aller de l’avant. Certes, la Commission ne se rend pas jusqu’à recommander de faire d’Ottawa une onzième province ou un district fédéral. Mais, dans la partie de son rapport qui porte sur la capitale, elle émet le souhait que celle-ci se dote d’une politique de bilinguisme.

C’est le conseiller du quartier Alta Vista, Pierre Benoît, qui fera bouger les choses. Ses demandes de clarification des politiques d’embauche de la Ville en matière de langues forceront la mise sur pied d’un comité, qui accouchera en moins d’un mois d’une politique globale de bilinguisme. La Ville l’adopte presque à l’unanimité le 19 octobre 1970. L’ancienne mairesse Whitton, maintenant simple conseillère, quitte bruyamment le conseil au moment du vote.

La Ville voit dès lors s’accroître ses services en langue française. Mais les transformations sont lentes, notamment en ce qui a trait à la possibilité de travailler en français à la Ville. Un employé de la Ville, Claude Lepage, affirmera dans Le Droit en 1979 avoir été congédié parce qu’il parlait en français à ses collègues de travail. Voulant éviter une crise linguistique, la mairesse Marion Dewar demande alors à Lucien Bradet, conseiller scolaire bien connu de la région, de mesurer à quel point la politique de bilinguisme parvient à répondre aux besoins de la population francophone. Le rapport Bradet est accablant. Il conclut que, puisque la plupart des mesures en ce qui a trait à l’offre de services en français sont laissées à la discrétion des fonctionnaires, peu de choses ont effectivement changé. La mairesse Dewar exige la réécriture de la politique de bilinguisme, ce qui sera fait en 1981.

L’offre de services en français s’améliorera dans les années 1980 et 1990, mais la question de la politique de bilinguisme de la Ville d’Ottawa revient au-devant de la scène au tournant des années 2000. Lorsque le gouvernement de l’Ontario obligera les municipalités de la région d’Ottawa-Carleton à fusionner en une seule grande ville, se posera alors la question de déterminer si cette nouvelle ville fusionnée aura elle aussi une politique de bilinguisme. Un débat acrimonieux entre partisans du bilinguisme et partisans de l’unilinguisme anglais aura lieu à l’hôtel de ville en mai 2001. Les premiers auront gain de cause : on choisira d’appliquer l’ancienne politique à la nouvelle ville. Le rapport Le Blanc et Leblanc commandé par la Direction des services en français de la Ville d’Ottawa en 2007 révèle toutefois que les anciennes villes unilingues de l’ouest de la ville peinent toujours, plus de cinq ans après la fusion, à offrir des services en français de qualité. La reconnaissance législative du caractère bilingue de la capitale par Queen's Park en décembre 2017 constitue un pas important. Mais 150 ans après la Confédération, il y a encore beaucoup à faire pour qu'Ottawa soit une ville réellement bilingue.

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Marche citoyenne pour réclamer le bilinguisme officiel de la Ville d’Ottawa, le 31 mai 2017. Photo: Jean-Philippe Héroux. Source: Fédération de la jeunesse franco-ontarienne, IMG_3336.

Photographie en couleur de cinq jeunes, le poing levé vers le ciel,  marchant d'un bon pas. Ils tiennent une banderole affichant le slogan: Ottawa bilingue officiellement/Officially bilingual Ottawa. Derrière eux, d'autres manifestants, agitant drapeaux et tenant des pancartes, en pleine rue.