« L’avenir est à ceux qui luttent »

L’Association canadienne-française d’éducation d’Ontario (ACFÉO) mène son combat contre le Règlement XVII sur tous les fronts possibles, y compris celui de la presse. Le Droit, fondé par les Oblats de Marie-Immaculée d’Ottawa en 1913, sera son principal compagnon d’armes. Le Droit réveillera l’opinion publique, mobilisera la population, communiquera les consignes et les mots d’ordre de l’ACFÉO depuis Ottawa vers tout l’Ontario.

La devise du Droit, « L’avenir est à ceux qui luttent », traduit bien l’ambition de ses fondateurs : le quotidien sera un journal de combat, comme Le Devoir à Montréal et L’Action catholique à Québec. Il présente son « programme » dans sa première édition, parue le 27 mars 1913:

Vu la situation pénible faite aux écoles catholiques françaises de notre province, les directeurs du “ Syndicat ” ont pensé que leur premier devoir était de publier un journal quotidien afin de mieux renseigner notre peuple et de prouver à nos adversaires que nous entendons lutter jusqu’au bout et avec des armes loyales. (…) Quand l’avenir d’un demi  million [sic] de Canadiens-français [sic] est en jeu, il n’est pas permis de négliger les moyens de lutte. Et quelle meilleure arme qu’un journal, surtout un journal quotidien qui soit avant tout et par-dessus tout au service de la religion catholique, de la langue française et du droit égal pour tous1.

Cette toute première édition du Droit, tirée à 10 000 exemplaires, est bien modeste : une douzaine d’annonceurs – des commerçants de la Basse-ville d’Ottawa en grande majorité, là où Le Droit a élu domicile – et un grand total de quinze colonnes publiées sur… six pages. Mais les directeurs du journal mettent en garde ceux et celles qui voudraient juger la valeur du nouveau journal par son nombre de pages :

Notre publication sera bien humble, nous ne prétendons pas avoir le monopole des bonnes idées et encore moins celui des bonnes actions. Le Droit donnera à tous les jours une quinzaine de colonnes de lecture saine et instructive, sans autre but que d’être utile à ses lecteurs. Juger de la valeur d’un journal par le nombre de ses pages, ce serait « mesurer les hommes à la brasse », et le public canadien-français ne semble pas disposé à se servir de cette aulne [sic]2.

Le Droit connaît des débuts difficiles.  L’ACFÉO, à peine plus riche, ne peut lui venir en aide. Des campagnes de souscription sont organisées auprès des élites et des organismes qui partagent ses idées. La direction se tourne aussi vers le Québec pour renflouer la caisse.  La situation se stabilisera rapidement. Pendant tout le siècle qui suivra, le quotidien d’Ottawa accompagnera les francophones de l’Ontario dans les luttes qu’ils mèneront pour assurer leur avenir.

 

 

1 Le Droit, « Notre programme », le 27 mars 1913, p. 1.

2 Le Droit, « Notre journal », le 27 mars 1913, p. 1.

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Atelier des linotypes du journal Le Droit, Ottawa, [ca 1923]. Photo : Studio Déry, Hull.

Université d'Ottawa, CRCCF, Fonds Le Droit (C71), Ph92-25.

Photographie en noir et blanc de cinq hommes en chemise, gilet et cravate dans un atelier industriel. Ils sont assis devant d’imposantes machines de composition, avec clavier.